« Terroristes »

Depuis plus de vingt ans, l’Etat, les gouvernements qui se sont succédé, les faiseurs d’opinion ont préféré s’enfouir la tête dans le sable plutôt que de regarder la réalité du terrorisme en face et de l’affronter – c’est-à-dire d’en détruire les causes et d’en empêcher toute manifestation. Les attentats de 1986-1988 ou ceux de 1994-96 et tous les attentats déjoués auraient dû inciter chacun à voir la menace, à la nommer sans circonvolution ni euphémisme, à l’annihiler. De belles paroles apaisantes ou euphorisantes ont été dites, de beaux engagements ont été pris devant le peuple, de belles promesses ont été répétées, mais rien n’a été fait, ni décidé. Couvrez ce réel que nous ne saurions voir !

Depuis plus de vingt ans, ces problèmes gangrènent la République, affaiblissent les institutions, pourrissent l’esprit public et cela pour diverses raisons. D’abord, ils ne sont jamais désignés par des mots justes. L’histoire nous a appris (mais personne ne s’en veut souvenir) qu’entre 1940 et 1945, les résistants étaient qualifiés de terroristes par les autorités d’occupation et de la collaboration et que, la guerre terminée, ils ont été des héros. Il en est allé de même pour ces Algériens qui combattaient par les armes la France ; aujourd’hui, en Algérie, ils sont des héros. D’ailleurs, ceux que les media et le pouvoir nomment aujourd’hui terroristes sont des héros dans de vastes zones du territoire national d’où la France s’est absentée. Ces terroristes sont des soldats qui font ce qu’ils croient être leur devoir : la guerre contre la France et les Français (ou mécréants). Guerre et terrorisme appartiennent à deux ordres distincts, séparés l’un de l’autre par un abîme. C’est faiblesse que de les confondre. Ces soldats font le djihad que prescrivent leurs lois, mais il est faux de les qualifier de djihadistes, mot artificiel, qui n’existe pas dans leur langue et qui sert à cacher ce qu’ils sont : en bon arabe, des moudjahidin. Comme il est faut de les qualifier de radicaux ou de radicalisés, comme s’ils étaient Clemenceau ou Rouvier et qu’ils s’inscrivissent dans l’histoire politique de la France. Ils sont musulmans, ils ont prononcé la chouhada, ils combattent au nom d’Allah, ils tiennent le messager d’Allah pour le seul modèle à imiter. Ils ne sont en rien des radicaux.

Il n’est pas pertinent de leur appliquer les règles du droit commun et d’en suivre à la lettre les procédures : interrogatoires policés (ils ont le droit de ne rien dire), procès (mais où sont les preuves des crimes commis ?) avec avocats, media et public parmi lequel se trouveront d’autres moudjahidin, règles de détention communes avec libération conditionnelle et réduction obligatoire de peine… Le malheur de la France depuis une quarantaine d’années est que, peu à peu, le droit a supplanté la loi, le droit étant source de mille droits nouveaux, tous plus incongrus les uns que les autres, et de juteux revenus pour les avocats et les associations lucratives.

Ceux de ces moudjahidin qu’il est prévu, sous un prétexte anodin, de faire revenir de Syrie et de les accueillir en France, comme s’ils étaient des vainqueurs (le ministre qui veut les accueillir n’a pas l’air de comprendre un traitre mot de ce qu’il dit), sont partis faire la guerre et, en toute connaissance, commettre des crimes de guerre (et contre l’humanité) à la fois contre des populations autochtones (yézidis, chrétiens, minorités religieuses ou ethniques, chiites, kurdes) et contre l’Occident, les juifs, les chrétiens, la France. Ils ont ou auraient la nationalité française et font la guerre à la France. Certains ont porté la guerre en France… Leur cas ne relève plus du droit civil ou pénal, mais du droit de la guerre, que l’Etat refuse d’appliquer, préférant les traiter comme de petits délinquants ou de petits criminels à l’esprit dérangé.

Admettons qu’ils soient condamnés. Combien d’années vont-ils rester en prison ? Trois ans ? Quatre ans ? La prison est réputée être un lieu criminogène et de prosélytisme en faveur d’Allah. Imaginons, hypothèse vraisemblable, que, libérés, ils reprennent les armes pour refaire Nice, le Bataclan, Strasbourg, l’hyper cacher, Charlie Hebdo, Saint-Etienne du Rouvray, etc. Qui sera responsable ? Qui répondra de leurs crimes ? Les hommes politiques et les juges qui ont accueilli, puis libéré ces moudjahidin ? L’Etat est en faillite. Combien vont coûter les procès, les séjours en prison et les mesures de protection ?

Ces soldats ont fait la guerre en Syrie. Il appartient à la Syrie de les juger. Que diraient les Français si des criminels marocains venus en France pour faire la guerre étaient envoyés, pour y être jugés, au Maroc, sous le prétexte que ce pays aurait décidé de les accueillir ? Que leur pays n’est plus souverain ou qu’il n’existe plus. La Syrie existe depuis des siècles ; il serait conforme à la souveraineté des peuples qu’ils soient jugés en Syrie, là où ils ont commis leurs crimes

Jean-Gérard LAPACHERIE