Fin du modèle français?

Une des conclusions provisoires que journalistes et experts tirent de la crise, dite des gilets jaunes, est qu’elle signerait la fin de ce qu’ils appellent le modèle français. Ce modèle est mort : les prélèvements, toujours plus importants, effectués sur les revenus des Français ne peuvent plus assurer ni la relative prospérité, ni le simple bien-être de la population, ni des services publics efficaces, ni des avantages sociaux innombrables.

Jamais, à aucun moment, ces experts ne s’interrogent sur la justesse de la notion de modèle. Jamais ils ne se demandent si ce modèle, qui est manifestement à bout de souffle, mérite le nom de modèle, ni en quoi il est ou serait un modèle, et encore moins en quoi il mérite d’être qualifié de français.

Dans tout modèle, quel qu’il soit, il y a quelque chose d’exemplaire : un modèle peut ne pas être exemplaire, mais il ne peut pas être un modèle si tout en lui est repoussoir. Ainsi, le président Macron défend en Europe et dans les institutions internationales ce modèle, essayant de faire entendre, comme disait de Gaulle, la voix de la France. Qu’en est-il de ce modèle ? Un Etat en faillite ou en quasi faillite, obligé d’emprunter chaque semaine un ou deux milliards d’euros pour payer ses fonctionnaires et les intérêts de ses dettes colossales, un système scolaire en ruine (les budgets les plus élevés, mais les plus mauvais classements des pays d’Europe), un chômage de masse, une capitale et de grandes villes livrées aux vandales et aux pillards… Voilà le modèle ! La voix n’est plus qu’un râle affaibli et le vieux et cher pays qu’aimait de Gaulle connaît le destin tragique que Baudelaire a assigné à la cloche fêlée.

Ce « système » n’est donc pas un modèle et, prétendu modèle, il n’est même pas français, même si des Français l’ont imposé en France. Il n’incarne en rien la France, son histoire ou ses principes. Aujourd’hui, depuis une trentaine d’années que l’Etat vit à crédit, les prélèvements obligatoires dépassent 46% du produit intérieur brut – une sorte de record du monde ou un modèle que les autres pays se gardent bien d’imiter. Massifs, ces prélèvements sont inefficaces, puisqu’ils sont toujours inférieurs aux dépenses et ne réduisent en rien les déficits publics, qui s’aggravent régulièrement. Si ce prétendu modèle était français, ce taux de prélèvement aurait dû rester stable en soixante ans. Or, c’est le contraire que l’on observe. En 1965, les prélèvements représentaient 33% du PIB et les budgets publics étaient équilibrés, les dettes remboursées. Le modèle français est dans les années 1960, pas dans les années maudites, 1981-2018. En 1958, de Gaulle a mis en place les principes voulus par les Français libres et les résistants : le vrai modèle réellement français. Ce que les experts croient français est le modèle socialiste qui est en faillite dans tous les pays du monde ; et les pays qui l’ont abandonné, comme la Chine, retrouvent prospérité et grandeur.

Par Jean-Gérard LAPACHERIE