La loi du talion

Trois mois après le début du mouvement des Gilets jaunes, le gouvernement a décidé de frapper un grand coup. Il le fait avec une loi dite « anticasseurs » qui, initialement portée par Bruno Retailleau, sénateur LR, a été récupérée par Christophe Castaner. L’objectif de ce texte est clair : empêcher les manifestations. Sa nature, liberticide, indigne peu des élites habituellement obsédées par la préservation de l’Etat de droit. De toute évidence, contre ses ennemis idéologiques, l’extrême centre ose toutes les dérives.

Il est déjà l’auteur d’une répression inédite depuis les grèves de l’après-guerre. Face au petit peuple des campagnes et des sous-préfectures, qui ne dispose d’aucune association communautaire et ne jouit pas de la sollicitude de l’intelligentsia, le pouvoir macronien envoie les blindés. Des dizaines de mutilés, des centaines de blessés, des milliers d’interpellés dont certains « préventivement » : voilà le bilan de la violence d’un Etat prêt à tout pour sauver le système. Les préfets, aux ordres du ministère de l’Intérieur, demandent aux gendarmes et policiers d’y aller franchement ; la justice, jamais aussi peu jalouse de son indépendance, met au trou pour quatre mois quelqu’un qui a envoyé un pot de rillettes sur des CRS – cependant qu’Alexandre Benalla visite l’Afrique avec des passeports diplomatiques. Durant deux mois, les médias, complices, ont caché les mains et les yeux détruits, les femmes matraquées, le comportement déplorable de nombre de flics qui, entrés dans la carrière pour l’action, réalisent visiblement leurs rêves de castagne avec les Gilets jaunes. Au fond, comme le disent d’ailleurs les électeurs de LREM sur les réseaux sociaux, « la peste brune » a ce qu’elle mérite. Les modérés, eux, estiment que la violence des manifestants justifie celle des forces de l’ordre. Tous invoquent les mânes de la République contre les « casseurs » du samedi.

C’est comique, en vérité. Il faut croire que ces républicains n’ont jamais ouvert un manuel d’histoire. La violence est dans l’ADN de la France. L’Ancien régime n’est qu’une succession de jacqueries que l’Etat royal, au fil des siècles, parvint à juguler. Les guerres de Religion sont l’apogée de cette succession de révoltes et de paix qui forme notre roman national. Puis vint la République. Apparemment, d’aucuns n’ont gardé de leurs cours d’histoire que quelques images d’Epinal : cahiers de doléances, arbres de la liberté, serment du Jeu de Paume, droits de l’homme. Ils oublient un peu vite la Grande Peur, les massacres de Septembre et, surtout, la Terreur. C’est la Révolution qui décréta l’inique loi des suspects ; c’est elle qui décapita les adversaires – réels et plus souvent supposés – de la République. Cette dernière est née dans le sang. Cela ne suffit pas à la discréditer, mais entendre tous les « humanistes » la décrire comme un moment de joie parfaite est à pleurer. C’est encore la République, la IIe, qui, en 1848, massacra les ouvriers parisiens sous la conduite du général Cavaignac. La bourgeoisie ne comptait pas partager le pouvoir avec le prolétariat ; la question sociale, déjà, avait pour réponse la matraque – et même la baïonnette, en l’occurrence. C’est toujours la République, la IIIe de fait, qui tua au moins vingt mille Communards au printemps 1871. Les excès de ces derniers n’étaient rien en comparaison de ceux des Versaillais. Engendrée par des révoltes, la République sait donc également très bien les mater. La démocratie représentative, instaurée pas à pas au cours du XIXe siècle, est l’autre nom de l’accaparement de la démocratie par les classes dominantes. Elle vise à exclure les masses de l’exercice du pouvoir. L’expression politique doit obligatoirement passer par les partis, qui se partagent les places. Ce système, injuste et perfectible, fonctionna somme toute assez bien jusque dans les années 70. Avant cela, le Général l’avait revigoré en lui donnant une teinte monarchique fort appréciable ; ses fréquents appels au peuple, sa capacité à incarner la nation, son mépris souverain pour les combinazione ranimaient chez les Français ce sentiment d’appartenance à un tout plus grand qu’eux. La mondialisation, c’est-à-dire l’extension exponentielle du capitalisme, devait nous ramener pour ainsi dire en 1788. Partout dans les pays développés et dans ceux qui désiraient le devenir, des « élites mondialisées », selon le mot de Jean-Pierre Chevènement, allaient prendre les commandes afin de mener, qu’elles le veuillent ou non, leurs nations vers la gouvernance planétaire. Il faut observer l’explosion des flux de capitaux dès cette époque pour saisir l’ampleur de ce mouvement. Pour augmenter leurs bénéfices d’un pourcent à peine, des fonds de pension américains n’hésitent pas à mettre dix mille ouvriers sur la paille ; l’appât du gain, délesté de tous ses garde-fous par la révolution libertaire des années 70, est le moteur principal du mondialisme.

Ainsi donc, la France a une longue tradition insurrectionnelle. Les Gilets jaunes la ressuscitent. La social-démocratie a fait croire que la politique était affaire de négociations ; les gens raisonnables dirigent le destin de leurs peuples comme celui d’une entreprise. Les mouvements sociaux, dans ce cadre, doivent s’achever autour d’une table, une bouteille de Volvic et d’accords consentis ou arrachés plus ou moins de haute lutte. Dans les écoles, du Finistère à la Vistule, des institutrices apprennent aux enfants, sous des posters de Mandela et Gandhi, que la violence est l’arme des barbares. L’Europe, petite surdouée du mondialisme, prétend créer une société apaisée, pacifique, fluide, où tous les conflits peuvent s’éteindre après une franche discussion dans un salon de thé bruxellois. Notre Etat avait perdu l’habitude de faire face à une révolte politique. Dans un premier temps, il n’a pas su comment réagir. La popularité du mouvement dans les sondages – et, normalement, en démocratie d’opinion, c’est avec ces derniers qu’on gouverne – le bridait. Pour salir les Gilets jaunes aux yeux de la casse moyenne biberonnée à l’irénisme, il a donc laissé croître la violence. Qu’est-ce qu’un « casseur » ? Quelqu’un qui vient pour casser. L’immense majorité des manifestants ne se déplacent pas pour cette raison mais, très clairement, nombre d’entre eux, une fois sur place, après avoir été gazés, matraqués, soumis à la lacrymo et aux grenades de désencerclement, se défendent. J’ai vu des dames âgées, paisibles retraitées, encourager les jeunes gens qui envoyaient des pavés sur les CRS. Eh oui ! cela surprendra la petite bourgeoisie parisienne pour qui le courage physique est un reliquat du Jurassique, mais les manutentionnaires, les intérimaires, les artisans, les chômeurs, les mécanos, les ouvriers de province, eux, enclins à riposter quand on les provoque à la sortie des bars, sont moins prudes. La violence ne les « sidère » pas ; quand on les attaque, ils montent au carton.

Les seuls « casseurs »  présents dans les manifestations des Gilets jaunes se fichent bien des revendications de ceux-ci. Outre les racailles, il y a les antifas ; lors de l’acte XII, à Paris, ils étaient là, groupés, venus casser du « facho » et du flic cependant qu’ils avaient laissé bien tranquilles les « Foulards rouges » la semaine précédente. À l’instar de leurs camarades de banlieue, ils peuvent se faire plaisir, n’ont rien à craindre de la part de forces de l’ordre qui doivent avoir reçu la consigne de les observer de loin. Il ne faut désespérer ni Saint-Denis ni Auteuil… Aussi, la loi « anticasseurs » ne concerne pas ces derniers ; son objet est de convaincre les Gilets jaunes de rester chez eux. Son article 2 prévoit une interdiction administrative de manifester : c’est le préfet – plutôt que le juge – qui peut, « s’il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public », interdire à quelqu’un d’enfiler son gilet. Qu’est-ce que des « raisons sérieuses » ? De quel « comportement » parle-t-on ? L’arbitraire est de mise. Les préfets pourront ainsi exclure des processions tous ceux que le pouvoir qualifie d’ « extrémistes », même s’ils n’ont rien fait. Quant à l’article 4, il prévoit de punir d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende – rien que ça ! – le fait pour une personne de « dissimuler volontairement, totalement ou partiellement son visage ». Pour survivre aux lacrymo, cette dissimulation est pourtant indispensable ; sans elle, la retraite est obligatoire. C’est donc pour faciliter la dispersion des manifestants que cet article a été pensé. Le droit de manifester est inscrit dans notre constitution. Laisser à l’Etat le soin de dire qui peut le faire et qui ne peut pas devrait bouleverser tous les démocrates ; si Poutine était l’auteur de cette loi, nul doute que notre président exprimerait sa « vive inquiétude pour les droits de l’homme » en Russie.

Le texte vient d’être voté par l’Assemblée nationale. Les députés LREM ont été rejoints par ceux de LR. Au lieu de dissoudre la chambre basse et/ou d’organiser un référendum, le pouvoir macronien a donc décidé d’engager une épreuve de force. Son électorat, composé des bourgeoisies de gauche et de droite, soutient la dérive autoritaire d’un système aux abois. En un sens, tout cela est logique et même encourageant. Aucune révolution, du moins sous nos latitudes, n’a gagné en organisant des marches blanches. L’Etat a peur et se défend. L’ampleur et la nature de la répression surprennent les Gilets jaunes ; il n’est pas impossible que le mouvement ne débouche sur rien dans les prochains mois. Mais des dizaines de milliers de Français, longtemps éloignés de la politique, suivent dans la rue une formation accélérée. Ils s’y montrent solidaires, ils échangent, ils y font l’expérience du danger. Bien sûr, ils auront l’occasion de dire tout le mal qu’ils pensent du pouvoir lors des européennes ; leurs revendications sont du reste trop nombreuses, leurs conséquences, trop profondes, pour se contenter d’une élection lors de laquelle, bien sûr, le complexe médiatico-politique va user comme jamais de sa propagande, diffusant chaque jour Nuit et Brouillard. Mises à mal par l’individualisme, une conscience de classe et l’idée d’une communauté de destin renaissent aujourd’hui sur les ronds-points. Avec ça, nous pourrions enfin refaire de l’histoire et, qui sait, peut-être même une révolution.

Nicolas LEVINE

 

Les coccinelles d’antan

J’ai la passion des coccinelles. Ça m’a pris tout jeune. Je crois d’ailleurs que cette affection est partagée par beaucoup de monde. Cet insecte de l’ordre des coléoptères est particulièrement beau du fait de son rouge subtil et de sa forme amusante. Je n’ai pas honte de dire que lorsque j’en croise une, je l’observe, parfois longuement, et il peut même m’arriver de la faire monter sur ma main, de jouer avec elle, en somme. De près, comme on peut la voir dans les documentaires sur lesquels on traîne les soirs de désoeuvrement, elle est moins drôle : c’est d’abord un redoutable prédateur, doté de solides mandibules, et dont la vocation première est de dévorer des pucerons.

Cette vocation est à l’origine d’un drame qui est une parfaite allégorie du capitalisme actuel. Dans les années 80, en effet, afin de lutter de manière écologique contre les pucerons, ces destructeurs de cultures, d’aucuns ont eu l’idée de produire de la coccinelle en masse. C’était a priori plus malin que de répandre des tonnes de trucs cancérogènes dans les champs. Mais au lieu de fabriquer de la coccinelle de chez nous, les maîtres d’œuvre de cette opération ont préféré importer des coccinelles asiatiques. Pourquoi ? Parce que cela coûtait moins cher, bien sûr. Ainsi, traversant les océans, les montagnes, ces dernières se sont immédiatement mises au travail. La coccinelle asiatique est légèrement différente de la nôtre : ses élytres peuvent être de couleur rouge, mais également orange ou noire, et son prothorax a une forme caractéristique. Surtout, elle a une manie qui la trahit en hiver : elle vient se réfugier au chaud, dans les maisons, les bureaux, formant avec sa bande des agrégats multicolores sur les plinthes, les bords de fenêtre. À l’instar des punaises, elle dégage une odeur pestilentielle lorsqu’on l’écrase ; elle peut provoquer des allergies. C’est une maline, la coccinelle asiatique.

C’est aussi une méchante : elle est en train de remplacer la coccinelle indigène. Elle dévore tellement de pucerons que notre coccinelle à nous, plus contemplative, meurt littéralement de faim. Plus glauque encore, sa larve n’hésite pas à s’en prendre à celle de sa cousine française. Plus résistante, plus vorace, plus violente, cette travailleuse détachée a colonisé le pays tout entier, ravageant au passage les populations de bêtes à bon Dieu. Au printemps, regardez bien autour de vous dans les parcs, les jardins, voire carrément, pour les plus audacieux, la campagne ; vous risquez de la chercher longtemps, la vaillante coccinelle gironde de notre enfance, balayée par une logique économique qu’on nous dit fatale, manifestant en cela un manque d’imagination encore plus coupable que le cynisme d’un système qui fait disparaître jusqu’à nos souvenirs. Pour une poignée de francs, c’est tout un écosystème, par définition fragile, qui a été bouleversé. Contrairement au frelon asiatique, dommage collatéral de la mondialisation supposément heureuse, arrivé en clandestin dans nos contrées, la coccinelle, elle, était parfaitement en règle. On joue de la sorte avec la nature ; on joue un peu de la même manière avec les hommes.

Les nations sont des biotopes. Elles sont le fruit de patientes évolutions, de la lente distillation des siècles. L’emballement des échanges depuis quarante ans a pour effet le plus évident une uniformisation de tout ce que nos sens saisissent. Pour qui voyage un peu, ce phénomène est encore plus criant, et draine quelque mélancolie chez celui qui croit que la beauté du monde réside dans sa diversité. Les visages n’échappent pas à ce mouvement, qui se ressemblent eux aussi, du moins ceux des membres d’une élite mondialisée non moins consanguine que l’aristocratie d’autrefois. Nous sommes à un moment d’un long processus de normalisation ; nous vivons le grand mélange des peuples, des cultures et des mœurs ; l’Europe est continent-pilote de ce programme babylonien, à la fois préalable et conséquence du marché planétaire. C’est la mise en concurrence de tous contre tous sous couvert de rapprochement. Le capitalisme trouve partout de belles âmes pour favoriser son énième mutation, la plus radicale, la plus irrémédiable. On peut importer des coccinelles asiatiques aussi pour l’agrément : le résultat est le même. Chacun d’entre nous peut combattre cette dissolution dans une matière informe, indéfinie, inodore. Un moyen simple, qui ne réclame pas un grand courage physique, consiste à aspirer les coccinelles squatteuses, les mettre dans un sachet et placer celui-ci au congélateur. En attendant la guerre, commençons par sauver nos coléoptères. Sauvons les coccinelles d’antan.

Par Nicolas LEVINE

Du bon usage de l’écologie

On ne peut qu’être admiratif devant l’enthousiasme affiché pour l’environnement par les dirigeants. Aussi bien Macron qu’avant lui Hollande ou son ministre Fabius se posent en fanatiques de l’écologie, tellement d’ailleurs qu’ils en définissent eux-mêmes le catéchisme, les prêches et la liturgie. Mais leur credo est finalement simple : quiconque oserait critiquer leur politique serait un abominable destructeur de la planète.

C’est pour lutter contre la pollution qu’on augmente les taxes, c’est pour préserver l’environnement qu’on lutte contre les « populistes » qui ne comprennent rien aux risques menaçant le monde.

L’évolution même du discours est symptomatique. Combien de chroniqueurs de radio, de télévision n’ont-ils pas entonné cette nouvelle comptine : pour lutter contre la dégradation environnementale, on serait obligé de prendre des mesures impopulaires, -sous-entendu « avec tristesse mais il faut bien lutter contre l’ignorance des couches populaires » -. Bref, l’écologie est instrumentalisée contre la démocratie.

Il faut bien reconnaître que ce discours disciplinaire n’est pas totalement nouveau. S’il s’applique maintenant aux enjeux environnementaux, il était déjà largement développé sur les questions économiques et financières pour lesquelles il n’y avait, rappelons-le, qu’ « une seule politique possible ». Largement soutenu par des kyrielles d’experts et d’agences de notation « neutres », il était censé imposer une doxa empêchant toute contestation de la nouvelle parole divine. Le concept de mondialisation était, de fait, l’instrument de légitimation d’un gouvernement mondial, celui où la parole des peuples n’avait plus droit de cité.

Il restait néanmoins quelque doute quant à la sincérité des nouveaux prophètes de la théorie économique en attaché case et costume de bonne coupe, surtout lorsque que les inégalités explosent. L’utilisation des questions écologiques se révèle alors bien plus efficace car elles rencontrent toutes les peurs ancestrales, car chacun se rend bien compte que l’environnement, phénomène concret, se dégrade réellement. En outre, les dirigeants ne font-ils pas le pari que des militants sincères des luttes écologiques sont prêts à accepter un discours mondialiste autoritaire s’il est peint en vert ? Là encore, il faut savoir résister aux fausses évidences. On est en droit de penser qu’il n’existe pas qu’une seule façon de sauver la planète. Un débat s’impose sur les moyens d’y parvenir.

Dans un tel contexte, l’accroissement des taxes, cautère sur une jambe de bois, tente de faire oublier que le gouvernement veut surtout diminuer les impôts directs en augmentant les indirects. La lutte contre la dégradation climatique sert d’alibi au pouvoir politique.

L’irruption des gilets jaunes a, en quelques jours, quelque peu bouleversé ce scénario facile. Une France oubliée venant clamer sa misère et son désarroi n’est pas acceptable par une direction politique sûre de son bon droit. Elle remet en cause tout le discours officiel. Bien sûr, la presse télévisée, faisant écho au ministre de l’intérieur, a sélectionné quelques déclarations ou attitudes discutables, cherchant à généraliser les dérapages à l’ensemble du mouvement. Bien sûr, comme d’habitude, un ministre de l’intérieur sans imagination agite le spectre de l’extrême droite.

Mais les anathèmes ne suppriment pas les questions. Et la principale demeure : les dirigeants français et plus particulièrement ceux qui se veulent mondiaux sont-ils adaptés aux défis actuels ? La démocratie qu’ils haïssent tant, est-elle incapable de répondre aux enjeux environnementaux ? Tous les militants qui, dans les communes, dans les campagnes, œuvrent pour des projets locaux de développement écologique ne sont-ils pas aussi porteurs de réponses concrètes ? Les projets relocalisés ne sont-ils pas des exemples ? Ne doit-on pas les valoriser en tissant des liens face à une économie mondialement centralisée de plus en plus destructrice ?

Les questions environnementales comme, avant elles, les questions économiques, sont évidemment essentielles. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles ne doivent pas servir d’alibi aux manœuvres politiciennes. Elles méritent mieux que l’imposition d’une pensée officielle et d’un gouvernement mondial qui ne sauraient être que totalitaire.

Par André BELLON

Hommage à Maggy Biskupski

Cent raisons peuvent pousser quelqu’un à se donner la mort. Maggy Biskupski, membre de la BAC et présidente de Mobilisation des policiers en colère, en avait peut-être plusieurs qui n’avaient rien à voir ni avec son métier ni avec son engagement associatif. Le fait est qu’elle s’est tuée lundi soir, chez elle, avec son arme de service. Elle avait trente-six ans. Depuis de longs mois, elle portait avec courage, contre l’institution et les syndicats officiels, l’exaspération des flics, fatigués d’être montrés du doigt après chaque « bavure », accusés de « racisme », lâchés par un pouvoir soumis aux médias obsédés par les « victimes ». On se souviendra longtemps des images de François Hollande rendant visite au célèbre Théo tandis que les bourreaux présumés de ce dernier, eux, étaient jetés en pâture à une opinion sommée de s’indigner – d’autres images, celles des vidéos de surveillance montrant que les policiers avaient été frappés avant l’interpellation devaient être, elles, beaucoup moins relayées, bizarrement. Après l’assassinat, en juin 2016, d’un couple de fonctionnaires de police à Magnanville, égorgées devant leur enfant par un djihadiste puis, quatre mois plus tard, l’attaque au cocktail Molotov de deux véhicules de police à Viry-Châtillon, les flics, pour une fois, avaient manifesté dans les rues de Paris.

Maggy Biskupski avait pris la tête de ce mouvement. Gênés, les médias s’étaient accrochés à la thèse du « manque de moyens » qui leur sert d’ailleurs d’explication à toutes les faillites ; sans négliger cet aspect du problème, il est secondaire dans la montée de la violence que les policiers affrontent quotidiennement. La défiance envers l’autorité, l’incapacité de l’État à assumer le monopole de la violence légitime qui, pourtant, le fonde, le laxisme de la justice, le discours victimaire que les journalistes nous servent en permanence, une immigration de peuplement abandonnée au communautarisme et à tous les trafics : voilà les causes qui, conjuguées, donnent des Théo, des Magnanville et des Viry-Châtillon. Nous ne ferons pas parler les morts : Maggy Biskupski ne partageait peut-être pas cette analyse. Peut-être, comme nombre de nos compatriotes révoltés par l’état présent des choses, ne voulait-elle pas, par idéologie ou idéalisme, relier les phénomènes entre eux et admettre que le temps de la « prévention », de la « pédagogie », de l’« humanisme » était passé. Que nous étions, dans le meilleur des cas, à l’aube d’une guerre civile – même Gérard Collomb, peu avant sa fuite du gouvernement, a admis cette évidence.

Oui, Maggy Biskupski eût peut-être été choquée de lire cela. Nous ne l’aurions pas obligée à nous suivre. Aujourd’hui, alors que nous pensons à ceux qui, il y a trois ans, ont été massacrés au Bataclan, il convient d’abord de rendre hommage à l’action de cette jeune femme dont la colère, saine et nécessaire, faisait d’elle la cible de l’IGPN. Christophe Castaner, indécent, s’est bien sûr fendu d’un tweet pour saluer la mémoire de celle que ses services accusaient. Dans deux jours, les médias diront d’elle qu’elle était une « victime » – du « manque de moyens », d’une rage sans nom, des perturbateurs endocriniens. Ce sera une seconde mort que cette récupération par les responsables de notre effondrement. Les patriotes, eux, s’inspireront du cran de cette policière, en attendant l’insurrection qui vient et que Maggy Biskupski aura, elle, regardée en face.

Frédéric RIZZO