Blanquer et l’état réel de l’école

Tout indique que l’école est dans un état sinistré : les témoignages de professeurs, la multiplication à l’infini des incivilités, des délits et des actes de violence gratuite, les enquêtes dans les pays de l’OCDE sur les connaissances acquises par les élèves (enquêtes PISA), les classements mondiaux des universités effectués à partir de critères objectifs (recherches, prix Nobel, publications décisives) par l’université de Shanghai ou par les services compétents du Times. Partout, dans tous les domaines de la transmission des connaissances, de la formation des esprits, de l’égalité dans la maîtrise par les élèves des savoirs fondamentaux, l’école de France est à la traîne, loin derrière les meilleurs, parfois la risée du monde.
Or, il y a plus d’un siècle, l’école de France était tenue, en France et dans la plupart des pays du monde, pour un modèle d’efficacité et d’égal accès du plus grand nombre possible d’élèves aux savoirs fondamentaux. Alors, ce modèle d’instruction publique qui s’exportait partout a connu d’immenses succès : écoles de congrégations, écoles de l’Alliance israélite universelle, établissements de l’Alliance française, écoles de la Mission laïque, lycées français à l’étranger, centres culturels, centres de recherche. C’était l’époque où ce réseau d’exception faisait de la France la première multinationale culturelle au monde.

Hélas, ces temps sont révolus. Les professeurs ont dû céder la place aux idéologues qui se sont attelés avec une rage folle à défaire, à démanteler, à discréditer, à déconstruire cette œuvre séculaire qui faisait, crime abominable, la fierté légitime des Français. A partir de 1974, l’école a subi des fléaux en cascade : les 10 % Fontanet, la réforme Haby et le collège unique, le projet Legrand, la nomination des inspecteurs généraux par le pouvoir politique et cela à partir de la seule soumission idéologique, la décision de faire recruter les enseignants chercheurs dans les universités par des commissions contrôlées par les syndicats et les groupes de pression, la grande réforme Jospin publiée au JO 14 juillet 1989 qui a mis fin à l’école de la République, la création des IUFM, le triomphe des superstitions relatives à la lecture globale, bien qu’elle fussent infirmées par toutes les études des neurosciences, l’enfant placé au centre du système, l’effondrement de l’autorité que donne la maîtrise des savoirs, l’enfant constructeur de son propre savoir, l’autorité des professeurs transférée aux sociologues, aux savants ès éducations, aux didacticiens, l’exacerbation de la réforme Jospin par Lang et ses idéologues, Hollande, Peillon, Vallaud Belkacem…

En 2017, parvenue au terme de ces destructions, reculs, déclins, abandons, l’Education nationale, si elle parlait, s’exclamerait, comme dans le film de Comencini : « Mon Dieu, comme suis-je tombée si bas ? ». Ce comment a été révélé récemment par une journaliste de gauche de L’Obs dans un livre intitulé Les Assassins de l’école. Face à ce champ de ruines, que faire ? Dans le passé, deux ministres ont essayé de colmater les brèches, Chevènement, de 1984 à 1986, et Darcos, de 2007 à 2009. Mais à peine ont-ils quitté leurs fonctions que leurs successeurs se sont empressés de rouvrir les brèches. Que peut-on reconstruire ? Ou même est-il possible de reconstruire quoi que ce soit ? Les assassins de l’école, c’est-à-dire les dizaines de milliers de sociologues, didacticiens, pédagogues, bureaucrates, inspecteurs de tout niveau, enseignants dévoyés qui ont mis en œuvre pendant des décennies l’entreprise de déconstruction, exercent toujours des responsabilités dans les ministères, les rectorats, les inspections d’académie, les universités, les centres de formation, les centres de recherche et de documentation pédagogique… Attendre qu’ils partent à la retraite ? Certes, mais il faudra trouver des remplaçants qui veuillent rompre avec des décennies de déconstruction. Attendre que le système s’effondre, comme le mur de Berlin en 1989 ? Espérer que les parents inscriront leurs enfants dans des écoles privées et que l’Education nationale cessera comme le combat, faute de combattants ? Ce serait désespérer de la France.

L’actuel ministre est-il conscient du désastre ? Pas si sûr. Il donne l’illusion certes de vouloir reconstruire l’école, ses fondements, sa rigueur, ce que l’on est en droit d’attendre de lui, cela par quelques mesures symboliques : apprentissage de l’hymne national, présence du drapeau français (et européen !) dans les salles de classe, retour à une discipline minimale, neurosciences, mais en même temps il reprend les antiennes de sa prédécesseur : défense du vivre-ensemble, lutte contre les discriminations, campagne contre l’homophobie et la transphobie, « droit à la différence », tout le prêchi-prêcha convenu. Quant au réforme des programmes scolaires, du primaire au baccalauréat, force est de constater, qu’en dépit des discours et des formules du genre « école de la confiance », elles conduisent malheureusement à un abaissement supplémentaire des exigences et à une pulvérisation accrue des cadres scolaires. Et le recours au numérique dans l’apprentissage, présenté comme solution à tous les problèmes, ne peut faire illusion. Suffit-il d’apprendre aux élèves à maîtriser la communication pour sortir de l’abîme ? Jean-Michel Blanquer ne semble pas conscient de l’état réel de l’école.

Jean-Gérard LAPACHERIE

Les dangers du Pacte mondial pour les migrations

Les 10 et 11 décembre 2018 a été organisée à Marrakech (Maroc) une conférence visant à l’adoption par les Etats membres de l’ONU du « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Le Président Macron ne s’y est pas rendu mais à confier au secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, le soin d’y représenter la France.

Ce texte aura, in fine, comme conséquence l’institutionnalisation du communautarisme par l’institutionnalisation des diasporas, la propagande pro-migrants et la persécution des opposants à l’immigration… mais pas seulement !

Le préambule de ce pacte de 41 pages nous donne le ton :

« Les migrations ont toujours fait partie de l’expérience humaine depuis les débuts de l’Histoire, et nous reconnaissons qu’à l’heure de la mondialisation, elles sont facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable et qu’une meilleure gouvernance peut permettre d’optimiser ces effets positifs. »

Ce pacte pourrait paraître innocent, comme peut l’assurer l’ensemble de la presse « bienpensante » et, en effet, en commençant par souligner que ce pacte est juridiquement non contraignant on peut déjà mettre de côté toute inquiétude… sauf que des précédents légitiment les inquiétudes.

L’inquiétude peu d’ailleurs croitre lorsque l’on met en parallèle ce pacte et le rapport de l’ONU du 17 mars 2000 : « Migration de remplacement : est-ce une solution pour les populations en déclin et vieillissantes ? » qui parle sans détour de migration de remplacement !

Ce rapport prétend qu’il n’y a qu’une seule solution au déclin démographique des Européens autochtones : l’immigration massive en provenance d’autres continents. L’ONU précise que dans un pays où le taux de fertilité est dans la moyenne européenne, il faut chaque année 6 000 immigrés par million d’habitants. Pour le continent européen entier, avec 720 millions d’habitants, les dirigeants de l’ONU veulent donc que chaque année 4 320 000 immigrés non-européens viennent remplacer les Européens autochtones en voie de disparition. En cent ans, jusqu’en 2100, cela voudrait dire qu’environ 400 millions immigrés non-européens seront venus en Europe. À ce moment-là, les Européens autochtones ne seront plus que 170 millions.

Depuis, tous les rapports de l’ONU, toutes les interventions des dignitaires de l’ONU auprès des dirigeants européens, avancent l’argument que pour assurer une forte croissance économique en Europe, il faut une forte immigration non-européenne et chaque nouvelle recommandation de l’ONU augmente encore le débit des flux d’immigration que les Européens autochtones sont priés de rapidement accepter sur le sol européen.

Bref ce que nous vivons actuellement est donc bel et bien décidé par des instances supranationales et, comme le soulignait le député néerlandais Marcel de Graaf devant le parlement européen, « cet accord n’est rien de moins qu’un coup d’état des mondialistes libéraux pro-migrants qui profitera avant tout aux multinationales. »

Le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » est présenté comme juridiquement non contraignant par ses rédacteurs. Mais ne nous y trompons pas car l’expression « non-contraignant » signifie seulement que les États signataires n’auront pas à réformer leur législation. Il sera toutefois possible à des plaignants de faire valoir la supériorité d’un texte international sur le droit national et ainsi de contraindre à l’application du Pacte. Il en va ainsi de tous les pays qui ont déjà abandonnés leur souveraineté en admettant dans leur système juridique la supériorité des textes internationaux sur les textes nationaux.

Plusieurs points nous semblent éminemment contestables.

Premièrement, il repose tout entier sur l’affirmation, non discutée et non étayée selon laquelle, à l’heure de la mondialisation,les migrations seraient « facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable… » (point 8 du Pacte).  En réalité, cet objectif engage les Etats, en se basant sur un postulat erroné. Des études récentes montrent par exemple que les migrations massives des travailleurs des pays du Sud, souvent parmi les plus qualifiés, vers les pays du Nord, appauvrissent le capital humain des pays de départ.

Deuxièmement, ce pacte comprend des paradoxes et incohérences. Ainsi, tout en affirmant « le droit souverain des États de définir leurs politiques migratoires nationales » (ce qui n’est déjà plus le cas au sein de l’Union européenne), le texte donne à l’ONU le droit de décider à la place des citoyens des Etats concernés des politiques publiques qu’ils doivent appliquer et de la place à accorder aux migrants au sein de nos sociétés.

Ce pacte, en présentant les migrants comme des agents économiques mobiles, interchangeables qui viennent répondre ponctuellement ou durablement à des augmentations locales de demande de main-d’œuvre, ne rend pas service aux pays du Sud, tout en plaçant l’Europe dans une situation dangereuse. En exigeant pour les migrants, avec la caution morale des droits de l’Homme, « d’améliorer leur employabilité dans les secteurs en demande de main-d’œuvre » (point 34/h du pacte), les rédacteurs de ce texte risquent de fragiliser davantage les conditions socio-économiques des pays de départ.

Deuxièmement, ce pacte comprend des paradoxes et incohérences. Ainsi, tout en affirmant « le droit souverain des États de définir leurs politiques migratoires nationales » (ce qui n’est déjà plus le cas au sein de l’Union européenne), le texte donne à l’ONU le droit de décider à la place des citoyens des Etats concernés des politiques publiques qu’ils doivent appliquer et de la place à accorder aux migrants au sein de nos sociétés.

Or, la charte des Nations-Unies est très claire et reconnaît aux Etats une compétence réservée sur leurs affaires internes.

Troisièmement, et c’est le point le plus inquiétant, en exigeant que les Etats signataires cessent « d’allouer des fonds publics ou d’apporter un soutien matériel aux médias qui propagent l’intolérance envers les migrants » (point 33/c du pacte), la signature de ce pacte tomberait comme une chape de plomb sur la problématique des migrations en interdisant l’expression d’opinions contradictoires sur le sujet ! Il va bientôt devenir impossible de critiquer tant la politique d’accueil des migrants de Madame Merkel que le grave danger que représente une intégration massive de migrants issus de pays islamiques dans notre pays. Tout comme il deviendra impossible de mentionner le fait que la migration de masse détériore les systèmes de protection sociale. Ce pacte entend donc criminaliser le discours sur l’immigration et c’est donc bien la liberté d’expression qui est, une nouvelle fois, menacée.

L’ONU peut-elle continuer à prétendre défendre des sociétés démocratiques lorsqu’elle encourage les Etats à ne plus subventionner certains médias qui ne répandent pas une parole politiquement acceptable ? La liberté d’expression, contrairement au droit à la migration, est un droit de l’Homme !

D’autres points de ce pacte sont inquiétants. La 32ème par exemple par lequel, in fine, les Français seront obligés d’admettre comme « normales » les traditions des migrants. Qu’en deviendra-t-il de la polygamie ? des mariages forcés des fillettes ? Des mutilations génitales ?

Je n’ose pas imaginer ce que vont donner les influences de lois religieuses comme la charia dont on sera bientôt obligés d’admettre les « vertus » ! Ceci se fera d’autant plus facile que le Pape François est ouvertement pour ce pacte et soutenu par la commission des épiscopats de l’Union européenne.

Alors que l’on confisque régulièrement la possibilité de débattre du sujet migratoire, de son impact sur les sociétés d’arrivée et des conditions de sa régulation, la signature de ce texte a entériné les conclusions d’un débat que l’on refuse aux Français. A l’instar d’autres nations, il aurait été légitime, obligatoire, que les Français soient consultés avant la signature de ce pacte et qu’un référendum soit organisé. Mais le gouvernement est bien trop conscient du résultat des urnes et il lui est préférable de s’affranchir de l’avis du peuple pour mieux imposer sa doctrine mondialiste.

Le mouvement des Gilets Jaunes a certainement un peu perturbé nos dirigeants mais il leur aura servi de diversion pour signer cet odieux pacte. Comble de l’ignominie le 10 décembre 2018 alors même que le pacte des migrations est imposé aux Français,   le président Macron lors de son intervention pour calmer les Gilets Jaunes, évoque la tenue prochaine de débats sur l’identité nationale et l’immigration :  « Je veux aussi que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter ».  Mais très vite, le Premier ministre a précisé que l’immigration ne ferait pas partie du débat.

Nous avons donc fait un pas de géant pour aller plus encore dans la destruction de notre nation, de notre identité, de notre culture. Quelle sera la prochaine trahison ? L’abandon de la France de son siège au sein du Conseil de sécurité des Nations unies comme le souhaite notamment le vice-chancelier allemand Olaf Scholz ?

Plus que jamais, il est temps pour la France de reprendre en main son destin.

 

François Maurice

Article publié initialement dans la revue « Méthode »

Débattre, disent-ils…

Rappelons quelques-uns des principes de la Ve République. À intervalles réguliers, quelques mois avant les élections, à quelque niveau qu’elles se situent − Présidence de la République, Assemblée nationale, Sénat, communes, cantons, régions, circonscriptions européennes −, un vaste débat s’engage sur chacun des enjeux de ces diverses élections : la parole est libre. Peuvent y participer tous les citoyens, qu’ils soient candidats à un mandat ou simples électeurs. Et au jour dit, les électeurs tranchent. Le débat alors est clos. Si des débats surgissent, à la suite de conflits sociaux importants ou d’événements imprévus, deux solutions sont possibles : un référendum ou la dissolution de l’Assemblée nationale, entraînant automatiquement de nouvelles élections, au terme desquelles le débat est tranché par le suffrage des citoyens.

C’est clair, c’est simple et c’est compréhensible par tout un chacun.

Le problème, car il y en a un aujourd’hui, a pour source la campagne présidentielle de 2016-2017. Cette campagne a été escamotée et les débats qui auraient dû avoir lieu ont été mis sous le tapis. Des journalistes devenus inquisiteurs et des juges dévoyés en partisans ont empêché, de leur seule initiative et en abusant de leurs pouvoirs exorbitants, les débats : ce fut une succession de règlements de compte, de coups bas, d’indignations morales, de révélations douteuses et de condamnations. Les électeurs se sont prononcés, mais sur tout autre chose que sur le bien commun, l’avenir du pays, l’intérêt national. Les élections législatives de mai et juin 2017 n’ont suscité aucun débat, les députés actuels ayant été élus parce que leur photo était imprimée en couleurs sur les affiches et les programmes à côté de la photo du président élu.

Le 17 novembre 2018, ce fut le retour du refoulé : les débats occultés ont ressurgi soudain. L’immense mérite des Gilets Jaunes venus de nulle part, sinon des petites villes d’un pays en crise et des profondeurs d’un peuple frustré, est d’avoir ressuscité les débats que journalistes et juges ont empêchés.

Pour éteindre la fronde, le gouvernement a choisi la pire des solutions, comptant sur le miracle du débat, sans qu’il ait été prévu de faire appel aux électeurs. C’est donc un débat sans enjeu et un débat pour rien. D’ailleurs, la première décision a été d’interdire à ceux qui voudraient participer à ce débat d’aborder les sujets qui sont liés au bien public et à l’intérêt national, dont le principal est l’immigration. Ce grand débat national ressemble à ce que Beaumarchais faisait dire à Figaro quelques années avant la Révolution de 1789 : vous êtes libres d’écrire ce que vous voulez, à condition de ne rien dire de milliers de choses importantes (suivait l’énumération de tout ce qu’il était interdit de dire) et de ne parler que de la pluie et du beau temps. La seule raison d’être de ce débat est de circonscrire l’incendie et, si tant est qu’il aille jusqu’au bout, il n’apportera rien à la nation, sinon de confortables émoluments aux membres de la commission chargés de l’organiser.

Ce débat contrevient aux principes politiques ou civiques que la Ve République a imposés et qui sont rappelés ci-dessus. Il s’apparente de plus en plus à un débat d’intellectuels, car, s’il y a une catégorie sociale qui se dit friande de débats et qui en fait son miel, ce sont les intellectuels : chercheurs en sciences humaines et sociales, universitaires, éditorialistes, écrivains, idéologues de tout bord. Ils chérissent, du moins en discours, ce à quoi ils sont le plus allergiques dans la réalité. Ils ne débattent, disent-ils souvent, qu’avec ceux qui partagent leurs opinions ou ce qu’ils nomment leurs valeurs. Chaque samedi matin, sur France-Culture, pendant une heure Alain Finkielkraut anime des débats de haute tenue sur tous les sujets de société ou de politique. Or, un professeur du Collège de France, gourou de la Nouvelle Gauche, a déclaré récemment qu’il ne débattrait jamais avec Finkielkraut, tant que ce dernier ne serait pas d’accord avec lui. En 1980, Pierre Nora a fondé aux éditions Gallimard une revue trimestrielle de bonne tenue à laquelle il a donné pour nom Le Débat, parce que, justement, selon lui, chez les intellectuels, il n’y avait plus de débat et que les invectives, les insultes, les condamnations, les hurlements de haine en tenaient lieu. Combien de débats sont interdits à l’Université, comme le prouve l’ostracisme qui accable et a accablé dans un passé récent de nombreux penseurs et chercheurs, tels que Guilluy, Revel, Tribalat, Gouguenheim, Aron, Cau, etc. à qui il a été enjoint de se taire ?

Ces momeries, qui vont mal finir, ne font que discréditer un peu plus la République.

 

Jean-Gérard LAPACHERIE

 

Fin du modèle français?

Une des conclusions provisoires que journalistes et experts tirent de la crise, dite des gilets jaunes, est qu’elle signerait la fin de ce qu’ils appellent le modèle français. Ce modèle est mort : les prélèvements, toujours plus importants, effectués sur les revenus des Français ne peuvent plus assurer ni la relative prospérité, ni le simple bien-être de la population, ni des services publics efficaces, ni des avantages sociaux innombrables.

Jamais, à aucun moment, ces experts ne s’interrogent sur la justesse de la notion de modèle. Jamais ils ne se demandent si ce modèle, qui est manifestement à bout de souffle, mérite le nom de modèle, ni en quoi il est ou serait un modèle, et encore moins en quoi il mérite d’être qualifié de français.

Dans tout modèle, quel qu’il soit, il y a quelque chose d’exemplaire : un modèle peut ne pas être exemplaire, mais il ne peut pas être un modèle si tout en lui est repoussoir. Ainsi, le président Macron défend en Europe et dans les institutions internationales ce modèle, essayant de faire entendre, comme disait de Gaulle, la voix de la France. Qu’en est-il de ce modèle ? Un Etat en faillite ou en quasi faillite, obligé d’emprunter chaque semaine un ou deux milliards d’euros pour payer ses fonctionnaires et les intérêts de ses dettes colossales, un système scolaire en ruine (les budgets les plus élevés, mais les plus mauvais classements des pays d’Europe), un chômage de masse, une capitale et de grandes villes livrées aux vandales et aux pillards… Voilà le modèle ! La voix n’est plus qu’un râle affaibli et le vieux et cher pays qu’aimait de Gaulle connaît le destin tragique que Baudelaire a assigné à la cloche fêlée.

Ce « système » n’est donc pas un modèle et, prétendu modèle, il n’est même pas français, même si des Français l’ont imposé en France. Il n’incarne en rien la France, son histoire ou ses principes. Aujourd’hui, depuis une trentaine d’années que l’Etat vit à crédit, les prélèvements obligatoires dépassent 46% du produit intérieur brut – une sorte de record du monde ou un modèle que les autres pays se gardent bien d’imiter. Massifs, ces prélèvements sont inefficaces, puisqu’ils sont toujours inférieurs aux dépenses et ne réduisent en rien les déficits publics, qui s’aggravent régulièrement. Si ce prétendu modèle était français, ce taux de prélèvement aurait dû rester stable en soixante ans. Or, c’est le contraire que l’on observe. En 1965, les prélèvements représentaient 33% du PIB et les budgets publics étaient équilibrés, les dettes remboursées. Le modèle français est dans les années 1960, pas dans les années maudites, 1981-2018. En 1958, de Gaulle a mis en place les principes voulus par les Français libres et les résistants : le vrai modèle réellement français. Ce que les experts croient français est le modèle socialiste qui est en faillite dans tous les pays du monde ; et les pays qui l’ont abandonné, comme la Chine, retrouvent prospérité et grandeur.

Par Jean-Gérard LAPACHERIE   

Pour sortir de la crise

Depuis plusieurs semaines la crise dite des « gilets jaunes »  secoue notre pays et le plonge dans un état de tension et de violence rarement atteint. S’étonner d’une telle situation serait méconnaître la réalité du désarroi dans lequel sont plongés nos compatriotes aujourd’hui, après trente ans de déceptions, de désillusions et de trahisons politiques ; se résigner serait désespérer de l’action civique et de la capacité des hommes à changer le cours de l’histoire.

L’actuel président de la République, par son comportement personnel et sa déconnexion d’avec la réalité nationale, n’a pas pris la mesure de la situation, et la réponse apportée trop tardivement par le gouvernement à la crise est largement insuffisante.

Deux principes indépassables commandent l’action politique :

  • Ne jamais se laisser surprendre par les événements ;
  • Ne pas croire qu’on puisse résoudre les problèmes avec ceux qui les ont créés.

La colère des « gilets jaunes » marque certainement la fin d’un cycle et réveille la « conscience nationale » ; elle met aussi en évidence cette réalité soulignée par Michelet : les Français sont prêts à tous les efforts, à la condition que ceux-ci soient justes et supportés par tous.

Cette crise était donc inévitable et elle est salutaire sur le fond.

Mais, face au très haut niveau de tension et de violence atteint, il est désormais de la responsabilité de chacun d’œuvrer au rétablissement de la concorde et de la paix civiles. C’est pourquoi, les Forums de Présence et Action du Gaullisme, fidèles au pragmatisme et aux valeurs incarnées hier par le général de Gaulle, fidèles aussi à la mission que leur a confié Pierre Messmer d’intervenir dans les grands enjeux qui concernent la France, loin des querelles partisanes et au nom de l’intérêt national, estiment de leur devoir de proposer un « Plan de sortie de crise » en trois étapes.

Ce plan a pour objet :

  1. de répondre aux préoccupations immédiates d’un grand nombre de nos concitoyens  face à l’injustice fiscale et la diminution de leur pouvoir d’achat;
  2. de répondre à la crise de la représentativité démocratique ;
  3. de créer les conditions du redressement de notre pays par une remise à plat des réformes à entreprendre.

Ce plan de sortie de crise suppose, après sa mise en œuvre et à brève échéance, une redéfinition des priorités budgétaires ainsi qu’un débat national sur l’avenir de la construction européenne, ses modalités et son étendue.

C’est pourquoi nous vous invitons à soutenir et à relayer ce plan, en toute indépendance, un plan qui a pour seules ambitions d’apaiser les esprits, de restaurer l’unité nationale et de remettre notre pays sur les voies du redressement.

                 Pour les Forums de Présence et Action du Gaullisme, le 6 décembre 2018.

                   Jean-Guy DUBOIS, Président                  Raphaël DARGENT, Vice Président

 

Lire le plan de sortie de crise (Fichier PDF)

 

Allié mais pas vassal

Le 13 novembre dernier, à bord du porte-avion Charles de Gaulle, le président Macron, interrogé sur les relations franco-américaines, s’est fendu d’une formule tout gaullienne : « Etre allié, ce n’est pas être vassal ». L’occasion est trop belle pour nous de rappeler quelles furent les motivations du Général lorsque le 7 mars 1966 il fit sortir notre pays de l’OTAN. Une politique d’indépendance qui fait encore aujourd’hui figure de glorieuse parenthèse.

  Le 7 mars 1966, le général de Gaulle écrit à son homologue américain, Lyndon Johnson, une courte lettre qui aura l’effet d’une bombe. Il y annonce le retrait de la France de l’OTAN. Voici ce qu’écrit le Président français :

« La France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, (…) ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus (…) les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’alliance. (…) La France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN. (…) La France croit devoir (…) modifier la forme de notre alliance sans en altérer le fond. »

Cette lettre concernant l’Alliance atlantique, dans sa brutalité, est le fruit d’une évolution engagée de longue date par le Général, en réalité dès son retour au pouvoir. A y regarder de près, elle constitue un formidable condensé de sa politique étrangère, une politique certes pleine de pragmatisme mais fondée sur la doctrine de l’indépendance. Une politique à laquelle la France a peu à peu tourné le dos.

Lire la suite dans la thématique Défense

Macron et les Gaulois

Lors de sa visite officielle au Danemark effectuée entre les 27 et 29 août dernier, le président Macron, vantant les mérites du peuple danois « luthérien », a regretté que les Français soient encore des « Gaulois réfractaires au changement». Si la formule a fait grand bruit et suscité la réaction de nombreux commentateurs, encore faut-il comprendre ce qu’elle a vraiment de problématique.

Le plus gênant est évidemment qu’une telle critique, formulée certes devant la communauté française, le soit depuis un pays étranger. C’est au minimum déplacé quand on a soi-même été élu un an auparavant par ces mêmes « Gaulois » !

Mais, sur le fond, la formule révèle surtout une erreur complète d’appréciation du Président.

Avant lui, d’autres chefs d’État français n’ont pas hésité à faire référence aux Gaulois pour qualifier nos travers nationaux. De Gaulle, dans le tome 1 de ses Mémoires de Guerre regrette « notre côté gaulois », ces « ferments de division que [notre] peuple porte en lui-même ». Dans Les Chênes qu’on abat, il  déclare à Malraux : « Souvenez-vous du paysage qui s’étendait devant vous ce matin. C’est une position imprenable. Vercingétorix l’a perdue. Il devait recevoir tous les jours des syndicats et des contestataires. » Le Général fustigeait donc notre absence d’unité et nos querelles intestines. D’ailleurs, dans La France et son armée,  il ne manque pas de se féliciter de la victoire romaine qui est celle de la discipline et de l’unité: « La fureur des Gaulois s’était brisée contre l’art des Légions. En jetant ses armes aux pieds de César, Vercingétorix entendait, certes, parer d’un sombre éclat le deuil de l’indépendance. Peut-être voulait-il aussi que cet hommage désespéré rendu à la discipline servît à sa race d’immortelle leçon. » Dans le même ordre d’idées, l’empereur Napoléon III, passionné par la civilisation gallo-romaine, et auteur d’une Histoire de César, fit inscrire cette mention sur la statue du chef Arverne au sommet du mont Auxois : « La Gaule unie, formant une seule nation, animée d’un même esprit, peut défier l’univers », soulignant lui-aussi la nécessité pour notre peuple de faire taire ses divisions. Quant à son oncle Napoléon Ier, dans le Mémorial de Sainte-Hélène, il regrette plutôt notre tempérament superficiel et changeant : « Notre légèreté, notre inconséquence nous viennent de loin, nous demeurons toujours Gaulois. » Divisés, indisciplinés, changeants, ces traits de caractère sont bel et bien ceux de notre peuple. C’est ainsi et chacun jugera si cela est ou non regrettable.

Le Président Macron se place sur un autre plan, et c’est là qu’il se trompe. En reprochant aux Français, d’être Gaulois parce que « réfractaires au changement », il tord la réalité pour mieux coller à sa pensée idéologique, celle d’un prétendu « nouveau monde », ouvert, mobile, changeant, dans lequel chacun doit perpétuellement s’adapter. C’est là une erreur sur le plan historique. Les Gaulois étaient certes jaloux de leur indépendance, mais point opposés au changement et aux innovations. Ils finirent même par accepter la supériorité romaine, parce qu’ils comprirent qu’elle leur serait profitable, ce qui donna naissance à la civilisation gallo-romaine. Emmanuel Macron devrait lire ou relire Fustel de Coulanges, notamment quand celui-ci écrivait à destination de l’impératrice Eugénie1: « La Gaule a renoncé à sa nationalité, à sa religion, à sa langue, à son nom ; elle a renoncé à tout cela sans regrets, sans contrainte ; elle s’est faite romaine.  Vous avez maintenant  l’explication de presque toute  notre histoire. Notre société  a pris alors des habitudes, un genre d’esprit, que rien depuis n’a pu nous enlever ; elle est restée, en grande partie, romaine. » Ainsi, le Président fait-il un mauvais procès aux Français. Si ceux-ci, comme le pensaient Napoléon, Napoléon III ou de Gaulle, sont encore « gaulois », c’est parce qu’ils sont jaloux de leur indépendance, et malheureusement souvent désunis et inconstants, pas parce qu’ils sont conservateurs. Au contraire, leurs sociétés étaient soucieuses d’amélioration et les peuples gaulois acceptaient le changement lorsque celui-ci leur semblait bénéfique. C’est ainsi, qu’au final, ils sont devenus aussi romains que gaulois. En définitive, au-delà de cette mauvaise comparaison à des fins idéologiques, Monsieur Macron, la véritable question n’est-elle pas de savoir si le changement est bon en soi et si toute réforme est heureuse ?

1 Fustel de Coulanges, Les Leçons à l’impératrice sur les origines de la constitution française.

Raphaël DARGENT